Alimentation Commerce

Arnaque inflation masquée quand les grandes surfaces cachent leur augmentation

Arnaque

Pour augmenter leurs prix sans que le client ne s’en aperçoive, les industriels déploient des trésors d’imagination. Heureusement, 60 Millions et ses lecteurs veillent… Quelques exemples de récentes hausses non assumées.

On pensait que c’était de l’histoire ancienne, mais… Dans les travées des supermarchés, le piège vous guette encore et toujours au détour de chaque rayon. Le piège ? Payer l’un de vos produits préférés plus cher que la fois précédente, sans vous en apercevoir.

Prenez la pizza Regina La Grandiosa, de Buitoni. « Nouvelle recette. Encore plus savoureuse. Pâte encore plus moelleuse », vante l’emballage. C’est une diversion. En changeant la recette (pour « améliorer la qualité du produit », jure l’industriel), Buitoni a surtout délesté sa pizza de 30 grammes (570 g, contre 600 g auparavant). Le prix, quant à lui, n’a pas baissé. Il a même fortement augmenté dans de nombreux magasins.

Spécialistes dans l’art du camouflage
Le camouflage des hausses de prix est un art dans lequel distributeurs et industriels de l’agroalimentaire ont développé une certaine maîtrise. Sans doute y ont-ils pris goût en 2008-2009. À cette époque, le cours de nombreuses matières premières flambe. Pour éviter les augmentations trop flagrantes, ils multiplient les changements d’emballages, réductions de quantité et autres expédients. 60 Millions de consommateurs dénonce alors bruyamment ces méthodes, qui portent un nom : l’inflation masquée (voir nos enquêtes d’octobre 2008 et de juin 2009).

Aujourd’hui, les marques n’ont pas renoncé à ces artifices. Pire : ils sont carrément entrés dans leurs habitudes. Le nouveau florilège établi par 60 Millions, avec l’aide de ses lecteurs, le prouve.

L’excuse des hausses des matières premières
Si les tensions sur le prix des matières premières sont plus rares, elles servent encore de motivations profondes à certains « allègements » de produits.
Chez Teisseire, par exemple, 15 cl de sirop se sont évaporés dans certaines bouteilles : à la fraise, à la framboise, à la pêche, au pamplemousse… Tous les parfums originaux sont ainsi passés de 75 à 60 cl. Mais les bidons plus légers ne pèsent pas moins lourd au passage en caisse. Dans son Carrefour Market de Breuillet (Essonne), Marie-Josée relève que le sirop au cassis n’a perdu que cinq misérables centimes, passant de 3,12 à 3,07 €. Ce qui correspond à une envolée du prix au litre de 23 % !
Teisseire invoque les hausses des prix du sucre, des concentrés de fruit, et de l’acier dont ses bouteilles sont constituées. « Au lieu de laisser augmenter nos bidons à l’unité, nous avons fait le choix de réduire la quantité de sirop », reconnaît le service consommateurs de la marque.

Augmenter la taille pour faire s’envoler le prix
Mais l’excuse des coûts qui explosent n’est plus la seule. Repositionner un produit par rapport à ses concurrents, répondre aux attentes supposées du consommateur, rattraper une baisse de prix appliquée auparavant… Pour modifier un produit afin de dissimuler une hausse, il y a toujours une bonne raison.
La tactique commençant à être éventée, certains industriels la sophistiquent. Alors que le plus facile consiste à diminuer discrètement le poids du produit, désormais, ils pratiquent aussi l’inverse : augmenter le poids et parallèlement – mais davantage ! – le prix. À moins de mémoriser tous les prix au kilo, l’astuce est difficile à déceler pour le consommateur.

C’est ainsi que Mousline nous roule dans la purée : « Un grammage en hausse de 4 % (520 g au lieu de 500 g) et un prix qui s’envole de 21 % », constatait début 2012 le magazine spécialisé Linéaires, relevés de prix à l’appui. « Il s’agit d’une nouvelle recette, avec une amélioration importante de la texture », se défend une porte-parole de Mousline. Était-il vraiment si difficile de concevoir une purée moins liquide, à poids inchangé ?

Des paquets de jambon allégés… en jambon !
Même stratagème pour certaines céréales du petit-déjeuner. Chez Nestlé, le paquet de Chocapic a pris de l’embonpoint. Il est passé de 375 à 430 g et contient donc 15 % de céréales chocolatées en plus. Une fausse bonne affaire : au passage, le prix moyen en magasin a bondi de 35 %, soit 17 % pour le prix au kilo en un an, de l’aveu même de Nestlé ! « Auparavant, de 2008 à 2011, le prix consommateur de ce produit avait beaucoup baissé », se justifie l’industriel. De quoi se plaint-on ?
Et la viande n’est pas en reste. Dans leur version classique, les quatre tranches de jambon Le Bon Paris (Herta) pèsent 180 g. De son côté, leur équivalent « – 25 % de sel » pèse 120 g seulement. Bref, la version allégée en sel est aussi allégée… en jambon ! « Elle s’adresse à des consommateurs attentifs à la taille des portions consommées », répond, sans rire, l’industriel. La méthode est surtout pratique pour camoufler le surcoût : « seulement » 5 à 20 % de plus sur l’étiquette, mais au moins 50 % de hausse pour le prix au kilo.

L’inflation se cache même aux toilettes
L’inflation masquée n’épargne donc aucun des repas de la journée. Aucune tranche d’âge non plus. Les boîtes de lait en poudre Guigoz et Nidal ont perdu 100 g à l’automne dernier. Officiellement, il s’agissait de placer la cuillère-mesure dans un compartiment séparé de la poudre : une « innovation qui répond aux attentes des parents » en termes d’hygiène et de facilité d’usage, selon Nestlé, propriétaire des deux marques.
Mais en matière d’inflation masquée, c’est un coup de maître : le compartiment séparé permet aux boîtes de 800 g Guigoz et Nestlé Nidal de conserver la même hauteur que les boîtes de marques concurrentes, qui contiennent encore 900 g. Ni vu, ni connu ! « Le changement de grammage n’a pas eu d’impact sur nos parts de marché », indique d’ailleurs Guigoz.

Le papier hygiénique peut, lui aussi, être touché par l’entourloupe. D’un mois à l’autre, Lisette, lectrice de 60 Millions, a vu ses rouleaux de marque de distributeur diminuer. Règle et balance en main, elle a constaté que le cylindre en carton, au centre du rouleau, avait été élargi de 4 mm, et que le poids du paquet était passé de 765 à 699 g. Même aux toilettes, on n’est plus à l’abri de l’inflation masquée…

D’après un article de Benjamin Douriez publié dans le n° 471 (mai 2012) de « 60 Millions de consommateurs ».

Accusé Nestlé, levez-vous !
Mousline, Chocapic, Herta, Buitoni… Plus de la moitié des marques pointées par 60 Millions appartiennent au groupe Nestlé. Le géant suisse serait-il accro à l’inflation masquée ? Il s’en défend, et dit mener « une stratégie d’innovation-rénovation » de ses produits : « Les variations de prix sont toujours liées à des changements multicritères dont le format n’est qu’un élément, la plupart des autres étant liés à la qualité du produit », assure une porte-parole.

source :    http://www.60millions-mag.com/actualites/archives/inflation-masquee-nbsp-ces-prix-qui-grimpent-en-nbsp-cachette

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