Santé

Vins Bios naturels Un règlement mi-figue mi-raisin

Vins Bios naturels ?

 

De nouvelles règles définies par la Commission européenne vont encadrer la production du vin bio. Une vraie avancée tant les pratiques étaient différentes pour bénéficier de l’appellation « vin biologique ». Mais en l‘état, la nouvelle réglementation n’empêchera pas les abus, voire les dérives.

Le vin « bio » a enfin une existence officielle. Après 8 ans d’âpres discussions, les experts du comité permanent de l’agriculture biologique de l’Union européenne se sont mis d’accord sur les pratiques œnologiques à respecter pour pouvoir écrire « vin biologique » sur l’étiquette des bouteilles. Cette nouvelle réglementation (applicable dès la récolte 2012) met ainsi un terme à une anomalie : jusqu’ici, seuls les raisins pouvant être certifiés AB, rien n’interdisait aux producteurs de recourir ensuite à tous les artifices de la vinification industrielle. Une tromperie pour le consommateur qui croyait acheter un vin plus sain que son homologue conventionnel.

Va-t-on donc enfin pouvoir boire un vin « bio » digne de ce nom, autrement dit élaboré dans un esprit vivant et respectueux de la nature ? Pas si sûr car, en dépit de quelques restrictions (interdiction d’utiliser de l’acide ascorbique, de désulfurer, etc.), l’arsenal œnologique mis à la disposition des vignerons « biologiques » reste très large. Il en va de même pour le dosage maximal des sulfites pouvant être ajoutés pendant la vinification comme antiseptique et antioxydant. Certes, la teneur en dioxyde de souffre devra être inférieure d’au moins 30 à 50 mg par litre par rapport à son équivalent traditionnel (en fonction de la teneur en sucre résiduel). Par exemple, pour les liquoreux, la barre est fixée à 230 mg, au lieu des 280 mg en conventionnel. Mais ces quantités restent élevées et ne suffisent pas à éviter le mal de tête consécutif à l’absorption (même modérée) de ces boissons !

Confusion

Pour les consommateurs, cette réglementation n’offre pas de réelles garanties, même si elle évite certaines dérives. En offrant un boulevard aux coopératives et au négoce qui vont s’empresser d’investir ce nouveau créneau, elle créée la confusion avec les tenants de vins « nature » et/ou biodynamiques. « Évidemment, il ne fallait laisser personne sur le bord de la route du bio, il fallait que tout le monde puisse la revendiquer », s’insurge Olivier B (du domaine Olivier B, AOC côtes du Ventoux) sur le site www.zegreenweb.com. Sous le fameux logo européen (une feuille verte étoilée), on pourra ainsi trouver « un vin levuré, enzymé, avec addition de phosphate diammonique ou de sulfate d’ammonium, centrifugé, enrichi, électrodyalisé et élevé grâce à l’utilisation de morceaux de bois de chêne, j’en passe et des meilleures (…). Du coup, je me demande bien comment je vais pouvoir nommer mes pratiques et mes vins ».

Le rang des dissidents qui s’opposent au formatage des goûts par l’œnologie moderne et tentent de favoriser l’expression naturelle du raisin grossit d’années en années. Certains se regroupent sous des bannières communes, comme par exemple l’association Renaissance des Appellations, Démeter, Biodyvin, ou Vinabio en Alsace. Mais ces mouvements restent trop dispersés et le consommateur a du mal à s’y reconnaître. À quand un cahier des charges européen qui officialiserait enfin ces vins « naturels » ?

Florence Humbert

http://www.quechoisir.org/alimentation/produit-alimentaire/boisson/actualite-vins-bios-un-reglement-mi-figue-mi-raisin

15 janvier 2010

Bio à la vigne, mais pas à la cave

La Commission européenne s’apprête à adopter un règlement sur le vin bio qui risque d’empirer une situation déjà très peu claire et peu compatible avec l’éthique de l’agriculture biologique.

Un règlement européen sur le vin bio : a priori, ce devait être une bonne nouvelle. Eh bien, c’est raté : le nouveau label risque en effet d’introduire un peu plus de confusion dans l’esprit des consommateurs. Jusqu’à présent, le logo AB apposé sur les bouteilles garantissait simplement un vin issu de raisins provenant de l’agriculture biologique, mais le mode de vinification, lui, n’était pas encadré. Hélas, la première mouture du règlement, qui devrait être adoptée dans les prochaines semaines, est d’un laxisme incompatible avec l’éthique du bio.

La Commission autorise ainsi une kyrielle de pratiques oenologiques telles que la flash pasteurisation, une technique qui consiste à chauffer les cuves à 73 °C, tuant du même coup les levures et les bactéries naturellement présentes dans le moût. Il faut alors rajouter des levures industrielles qui induisent des profils aromatiques stéréotypés. Autorisée également, l’osmose inverse, qui permet de retirer l’eau du moût de raisin afin de concentrer le sucre dans le breuvage, mais élimine aussi les acides organiques. « On réduit ainsi à néant tous les efforts réalisés dans le vignoble pour préserver la naturalité du sol et les matières vivantes du raisin », s’indigne Michel Issaly, président des Vignerons indépendants de France (VIF), dénonçant le lobbying du négoce et des coopératives qui veulent investir en masse ce créneau porteur.
Florence Humbert

http://www.quechoisir.org/alimentation/produit-alimentaire/boisson/actualite-vins-bio-a-la-vigne-mais-pas-a-la-cave

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